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“PIECES DETACHEES” : ce que l’on vous cache

Le sujet des pièces détachées d’origine est probablement l’un de ceux qui fait couler le plus d’encre et de salive. Si les avis à ce sujet sont légions, un seul constat demeure : les déclarations des vendeurs internet et celles des constructeurs sont loin de se rejoindre. De nombreux médias, pas plus clair sur ce sujet, dans des conseils mêlant supputation et approximations parachèvent le tableau.

Le consommateur, confronté à une jungle d’informations contradictoires ne sait bien souvent pas quel choix effectuer. Il est donc aujourd’hui temps de démêler le vrai du faux. Nous avons établi dans l’épisode précédent que seule 1 pièce peut se targuer de remplir toutes les spécifications émises par le constructeur : il s’agit de la pièce vendue en concession

Mais, direz-vous, que penser des pièces commercialisées par le fournisseur officiel sous son propre logo ? De nombreux acteurs sévissant sur le web ou dans les medias semblent s’accorder sur un point : il s’agirait exactement de la même pièce que celle trouvable en concession.

Toutes les pièces détachées n’ont pas la même qualité

Pour le comprendre il faut retourner à la phase conception. Dans la liste des spécifications énoncées par le constructeur, toutes n’ont pas la même importance fonctionnelle, normative ou sécuritaire. Prenons le cas de plaquettes de frein. On pourra citer entre autres et dans le désordre :

– La capacité à freiner un disque de frein en toute condition

– La capacité à ne pas émettre de bruit lors d’un freinage

– La capacité à ne pas émettre d’odeur lors d’un freinage d’urgence

– Le volume et la composition du dégagement de poussière en fonctionnement

– La durée de vie Au début du développement, tous les modes de défauts associés à ces exigences sont listés et classés par ordre de gravité.

Les fonctions dont la perte peut provoquer un accident seront répertoriées comme grave.

Par exemple les fonctions liées directement à la performance du freinage seront classifiées sécuritaires et donc cruciales. Elles sont, de fait, encadrées par la législation européenne.

Les fonctions dites de confort au contraire seront classées comme secondaires

Il s’agit du cas des émissions d’odeurs. Toutefois et quoiqu’aucune législation n’existe à ce sujet, la plupart des constructeurs s’assureront que des spécifications détaillées concernant cette fonction de confort soit incluses dans le cahier des charges lors de la consultation de ses fournisseurs. Par exemple, le constructeur spécifiera que les plaquettes ne doivent pas émettre d’odeur après 10 freinages d’urgence, véhicule chargé. L’équipementier officiel devra scrupuleusement se conformer non seulement aux exigences sécuritaires mais aussi à cette exigence de confort pour toutes les pièces livrées au constructeur, qu’elles soient de première monte ou destinée à la pièce de rechange en concession. Cependant en ce qui concerne les pièces vendues sous la marque de l’équipementier officiel, aucune législation ou accord contractuel ne l’oblige à se conformer aux spécifications de confort. Il pourra décider par exemple que les plaquettes portant sa griffe ne supporteront que 7 freinages d’urgence avant d’émettre odeurs et fumées. Il en sera de même en ce qui concerne de nombreuses spécifications en termes de robustesse. Par exemple lorsque le constructeur spécifiera une durée de vie pour des plaquettes de 100 000 kms en conditions d’utilisation normale, rien n’empêchera l’équipementier officiel de ne spécifier que 80 000 kms.

Mais vous allez voir qu’il peut en être de même en ce qui concerne les performances. Dans le cas de système de sécurité tels que les éléments de freinage les performances des pièces de rechange sont certes encadrées par l’Union européenne. Cependant les performances de la plupart des autres pièces telles que les disques d’embrayage sont-elles laissées au bon vouloir des fabricants. Les spécifications détaillées du constructeur, prennent en compte de nombreux paramètres. Parmi ceux-ci on pourra citer par exemple la tenue à la chaleur. Lorsqu’un disque d’embrayage est sollicité, la température des garnitures augmente. Cet échauffement a pour effet la diminution du coefficient de friction. Autrement dit, plusieurs sollicitations répétées du disque ont pour effet une diminution de sa capacité à transmettre le couple moteur. Il se met à patiner.

Le type de garnitures employé conditionne directement les performances en termes de tenue à la température du disque d’embrayage.

Lorsqu’un constructeur décidera d’utiliser des garnitures capables de supporter 40 démarrages en cote sans faiblir par exemple aucune législation n’empêchera le fournisseur qu’il soit officiel ou pas de choisir un matériau ne supportant que 30 démarrages avant de patiner.

Les performances de quelques pièces diminuent

Les performances du véhicule en termes de transmission de couple en conditions d’utilisation extrêmes seront certes dégradées, mais le produit sera tout de même parfaitement vendable. Mais quel peut être l’intérêt pour un équipementier de dégrader les performances, les fonctions de confort ou la durée de vie ? Vous le devinez probablement il s’agit d’une histoire de profits.

En effet, ces choix permettront à l’équipementier d’utiliser pour les pièces qu’il fabrique sous sa propre marque des matériaux de friction moins performants et donc moins chers à acheter, à produire et à mettre en œuvre. Moyennant des accords préalablement définis avec le constructeur, il pourra même produire ces pièces after market et de performance limitée sur la même ligne et exactement les mêmes machines qui servent à fabriquer les pièces haute performance qu’il livre au constructeur. Il lui suffira lors du lancement de la fabrication des pièces destinées à l’after market de sélectionner le matériau idoine, les machines se paramétrant automatiquement en fonction de la référence de pièces entrée dans le logiciel de gestion de production. Bien que qualifiées par l’UE de « pièces d’origine » et quoique fabriquées par le fournisseur officiel ces pièces ne respecteront donc pas le cahier des charges du constructeur sur les aspects confort, durée de vie, ou performance. Cette pratique est très courante sur les pièces d’usure telles que les freins, les essuie-glaces, les disques d’embrayages, les courroies ou encore les organes de suspension et en particulier sur les modèles de véhicules à fort volume de production. En effet, les gains en termes de profit sur ce type de pièces sont rapidement énormes, les volumes de production avoisinant souvent le million d’unités.

Une autre raison pour laquelle les pièces siglées de l’équipementier officiel diffèrent souvent de celles qu’il livre au constructeur est lié aux modifications de définition cette fois durant la production du véhicule. Plusieurs scenarii sont possibles :

Tout d’abord malgré les tests et validations effectués en phase développement, il arrive que des défauts plus ou moins graves échappent aux ingénieurs.

Le constructeur décidera donc d’étudier, de valider et de lancer en production une nouvelle référence de pièce durant la vie du véhicule.

Autre cas, un problème contractuel tel que des défauts qualité récurrents sur les pièces livrées, un refus de livrer les pièces par le fournisseur à cause de désaccords sur les prix, ou encore la faillite de l’équipementier peut conduire le constructeur à changer de fournisseur en cours de projet. En fonction des risques associés à l’utilisation de l’ancienne référence, le constructeur peut décider de détruire toutes les pièces de l’ancienne référence en stocks dans ses usines ainsi que dans les concessions.

En revanche, le fournisseur officiel, vendant des pièces de seconde monte sous sa propre marque ne sera obligé de le faire que si un danger en termes de sécurité menace le client. S’il ne s’agit que d’amélioration en termes de performance de confort ou de la résolution d’un défaut mineur, rien ne l’obligera ni à détruire les anciens stocks, ni même à créer une nouvelle référence de son côté. Il sera tout de même contractuellement engagé à ne pas apposer le logo du constructeur sur celles-ci. Même s’il s’agit pour le coup de pièces équivalentes à celles livrables en concession, choisir une pièce siglée de ce fournisseur pour réparer votre véhicule vous exposera donc à acheter une pièce d’ancienne génération ne bénéficiant pas des améliorations les plus récentes apportées par le constructeur.

La seule pièce à jour des dernières modifications sera donc disponible exclusivement en concessions.

Le résumé

L’appellation « pièce d’origine » créée par les fonctionnaires de Bruxelles ne renseigne que sur la capacité du fournisseur à respecter une norme rien de plus. A part l’équipementier officiel retenu aucun autre fournisseur n’a accès aux spécifications officielles et à jour

Le fournisseur officiel lorsqu’il fabrique des pièces et les vend sous son nom à tout intérêt à dégrader les spécifications constructeur en termes de durée de vie, de confort ou de performance. Il n’est même pas tenu d’appliquer tous les changements de définition en cours de production sur les produits labellisés à son nom.

Mais alors plusieurs questions se posent : Comment se fait-il que certaines pièces vendues hors réseau officiel portent les sigles ou numéro du constructeur ?

Soyons clair : le contrat liant le constructeur et son fournisseur officiel interdisent ce dernier d’utiliser toute inscription du constructeur sur les pièces non destinées au constructeur. Dans un tel cas, 2 scénarios sont donc possibles :

  • Il peut s’agir de pièces rebutées soit par l’équipementier soit par le constructeur.

Dans le cas où une ou plusieurs pièces sont identifiées comme défaillantes sur la ligne de production, il est courant que les constructeurs les plus pointilleux renvoient le lot entier de pièces au fournisseur. La taille des lots peut varier de quelques unités à des milliers d’articles en fonction de la pièce incriminée. Que le lot comporte des pièces bonnes ou pas, aucune des pièces issues de ce lot ne doit se retrouver sur le marché de la pièce after market. Si tel est le cas, il s’agit manifestement de malversations de type recel ou vol. Ces pièces sont donc potentiellement dangereuses. À éviter donc.

  • 2ème possibilité Il peut s’agir de pièces contrefaites.

Mais que penser des pièces hors réseau officiel arborant un logo ou un numéro constructeur effacé à la main ou à la machine? Tout d’abord il est important de savoir que cette pratique non réglementaire est désapprouvée par le constructeur. En effet, cette opération pour qu’elle soit valide imposerait une lourde démarche PPAP. Tout équipementier officiel s’amusant en douce à ce genre de magouilles s’expose non seulement à se voir désourcé par le constructeur sur ce programme mais aussi être rayé de la liste du panel fournisseur pour les programmes futurs.

Les pièces portant des inscriptions grossièrement effacées sont donc issues de 2 sources potentielles:

– Il peut s’agir de pièces issues de lots rejetés par les constructeurs ou les équipementiers et revendues frauduleusement à des brokers opaques qui les réintroduisent sur le marché après les avoir bricolées.

– Il peut également s’agir de pièces de contrefaçon

Pourquoi les pièces trouvables sur internet sont-elles en général moins cher qu’en concession ?  2 raisons à ceci:

– Tout d’abord, on l’a vu, il n’est pas rare que les pièces after market utilisent des matériaux moins performants que les pièces issues du réseau officiel. Ceci a un impact important sur le cout de production. – Mais la raison principale est ailleurs.

Les marges que s’octroient les constructeurs sur les pièces détachées sont injustifiables et disons-le tout net totalement indécentes. Songez que certaines pièces telles que des

vis ou de simples clips peuvent être vendues plus de 100 fois leur prix de revient. La mauvaise nouvelle est que la tendance est à la hausse depuis 2013, culminant même à 6,6% d’augmentation annuelle en 2019. –

5 questions restent ouvertes.

Est-ce que cela signifie que les pièces achetées en concession sont toujours les plus solides ?

Que penser des pièces vendues sous le label reverse engineering ?

Comment trouver des pièces de qualité lorsque son véhicule est ancien et que le constructeur ne propose plus de pièces détachées en concession ?

Y-a-t-il des risques en matière de sécurité à acheter des pièces hors réseau officiel ?

Comment s’assurer que les pièces que vous achetez ne sont pas de la contrefaçon? Pour répondre à ces questions, je vous donne rendez-vous dans le 3è épisode consacré aux pièces détachées. En attendant abonnez-vous et assurez-vous d’activer la cloche de notification pour être alerté lorsque de nouvelles vidéos sont publiées.

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